L'actualité est chargée en ce moment. Entre la funeste loi El Khomri, la fermeture d'usine Tata Steel au Royaume-Uni (sujet malheureusement pas assez évoqué en France...), l'accord UE-Turquie, le référendum néerlandais sur l'accord UE-Ukraine, les scandales politico-financiers très IIIè République (coucou, Panama)...
Pourquoi parler encore du voile ?
Eh bien, parce que le sujet revient régulièrement sur le tapis. Trop souvent. Il oppose en une guerre fratricide des camps qui semblent se complaire dans les antagonismes et les invectives au détriment de la réflexion de fond.
Nous en avons eu la démonstration éclatante avec l'interview de Laurence Rossignol par Jean-Jacques Bourdin, interview de laquelle il a été tiré une phrase dans laquelle elle comparait le port du voile avec "les nègres qui étaient pour l'esclavage".
Dans l'instant, pluie de critiques tous azimuts, hashtags, pétitions des habituels indignés professionnels...
Le raisonnement est d'une limpidité éblouissante : Laurence Rossignol utilise le mot "nègre", donc Laurence Rossignol est raciste, Laurence Rossignol est contre le port du voile, donc si vous êtes contre le port du voile, vous êtes raciste. CQFD. Les dénégations de la ministre n'y changeront rien, la machine médiatique est déjà passée à un autre "dérapage".
Dans un second temps, et avec un synchronicité digne d'un ballet de Tchaïkovsky, ce sont les intellectuels, journalistes et personnalités de la gauche postsoixantehuitarde et de la gauche républicaine-bouvetiste qui se sont affrontés par posts Facebook et billets Mediapart interposés.
On a donc eu droit aux explications embarrassées d'un Laurent Bouvet sommé d'expliquer pourquoi il ne se battait pas contre la loi El Khomri (spoiler : quand la dernière femme afghane aurait enlevé son voile il y jettera peut-être un coup d'oeil).

De l'autre côté, Esther Benbassa (qui ne sort de son hibernation que pour les débats sur le voile ou la prostitution) réchauffait la comparaison éculée entre le voile et la mini-jupe (trouve-moi donc un pays où la minijupe est obligatoire, Esther) tandis que Pascal Riché tentait, sans crainte du ridicule, de comparer les voiles aux "chapeaux que les femmes françaises portaient dans les années 1950".
Au lieu de s'embourber dans cette guéguerre stérile qui tend vers l'onanisme intellectuel, il faudrait mieux revenir à des vérités fondamentales.
D'abord, on peut tout à fait être en désaccord avec des pratiques sans en vouloir l'interdiction étatique. La supériorité de la démocratie sur l'autoritarisme vient du fait qu'elle repose sur le contrat social librement consenti. Interdire le voile à l'université, comme certains le proposent, ce serait se mettre au niveau des pays qui l'y ont rendu obligatoire. Se priver du moyen de l'éducation pour émanciper les femmes au nom de leur émancipation est une belle contradiction.
Ensuite, on peut noter que les premières polémiques sur le voile datent de la fin des années 80.
Et là, normalement, pour qui a un minimum de culture politique, ça fait "tilt".
Les années 80, ce sont les années Tapie, les années fric, les années gauche caviar. C'est à ce moment-là que le PS a officiellement renoncé à changer la société pour s’accommoder du chômage de masse. La fin des idéologies, le Reich de mille ans du néolibéralisme triomphant, les McDo partout, tout ça.
Et comme il fallait s'y attendre, d'autres idéologies ont pris la place d'un socialisme désormais voué à la "gestion" "pragmatique" de la "puissance publique" et au commentaire des décisions prises par Bruxelles. D'autres idéologies, qui placent l'identité et la culture au centre de leurs préoccupations.
Le retour des identités. Juif, Français, Breton, homosexuel, amateur de guitares saturées, dominatrice SM, amateur de metal tunisien, sapiosexuel, bobo du XIè, demi-pansexuel, geek, otter, et j'en oublie. Retour théorisé par Terra Nova pour que le PS récupère les votes non plus de ses électeurs, mais de clientèles, qui pour la loi Taubira, qui pour la participation aux dîners du CRIF, qui pour le financement d'une mosquée.
Le retour des idéologies. Pourquoi des femmes "libres" se voilent-elles, et ce faisant, je dois bien le constater, se reconnaissent comme inférieures aux hommes ?
Est-ce un acte de soumission ? Un acte de révolte ?
Est-ce qu'elles se considèrent comme libres dans la société libérale actuelle, dans laquelle on met en concurrence les pauvres avec les plus pauvres, dans laquelle la richesse permet de s'affranchir de toutes les règles, qui met en scène une méritocratie factive ?
Est-ce que les seules libertés qui comptent sont les libertés formelles au détriment des libertés réelles ?
Tiens, ce serait une bonne question pour Laurent Bouvet, ça.
Pourquoi parler encore du voile ?
Eh bien, parce que le sujet revient régulièrement sur le tapis. Trop souvent. Il oppose en une guerre fratricide des camps qui semblent se complaire dans les antagonismes et les invectives au détriment de la réflexion de fond.
Nous en avons eu la démonstration éclatante avec l'interview de Laurence Rossignol par Jean-Jacques Bourdin, interview de laquelle il a été tiré une phrase dans laquelle elle comparait le port du voile avec "les nègres qui étaient pour l'esclavage".
Dans l'instant, pluie de critiques tous azimuts, hashtags, pétitions des habituels indignés professionnels...
Le raisonnement est d'une limpidité éblouissante : Laurence Rossignol utilise le mot "nègre", donc Laurence Rossignol est raciste, Laurence Rossignol est contre le port du voile, donc si vous êtes contre le port du voile, vous êtes raciste. CQFD. Les dénégations de la ministre n'y changeront rien, la machine médiatique est déjà passée à un autre "dérapage".
Dans un second temps, et avec un synchronicité digne d'un ballet de Tchaïkovsky, ce sont les intellectuels, journalistes et personnalités de la gauche postsoixantehuitarde et de la gauche républicaine-bouvetiste qui se sont affrontés par posts Facebook et billets Mediapart interposés.
On a donc eu droit aux explications embarrassées d'un Laurent Bouvet sommé d'expliquer pourquoi il ne se battait pas contre la loi El Khomri (spoiler : quand la dernière femme afghane aurait enlevé son voile il y jettera peut-être un coup d'oeil).

De l'autre côté, Esther Benbassa (qui ne sort de son hibernation que pour les débats sur le voile ou la prostitution) réchauffait la comparaison éculée entre le voile et la mini-jupe (trouve-moi donc un pays où la minijupe est obligatoire, Esther) tandis que Pascal Riché tentait, sans crainte du ridicule, de comparer les voiles aux "chapeaux que les femmes françaises portaient dans les années 1950".
Au lieu de s'embourber dans cette guéguerre stérile qui tend vers l'onanisme intellectuel, il faudrait mieux revenir à des vérités fondamentales.
D'abord, on peut tout à fait être en désaccord avec des pratiques sans en vouloir l'interdiction étatique. La supériorité de la démocratie sur l'autoritarisme vient du fait qu'elle repose sur le contrat social librement consenti. Interdire le voile à l'université, comme certains le proposent, ce serait se mettre au niveau des pays qui l'y ont rendu obligatoire. Se priver du moyen de l'éducation pour émanciper les femmes au nom de leur émancipation est une belle contradiction.
Ensuite, on peut noter que les premières polémiques sur le voile datent de la fin des années 80.
Et là, normalement, pour qui a un minimum de culture politique, ça fait "tilt".
Les années 80, ce sont les années Tapie, les années fric, les années gauche caviar. C'est à ce moment-là que le PS a officiellement renoncé à changer la société pour s’accommoder du chômage de masse. La fin des idéologies, le Reich de mille ans du néolibéralisme triomphant, les McDo partout, tout ça.
Le retour des identités. Juif, Français, Breton, homosexuel, amateur de guitares saturées, dominatrice SM, amateur de metal tunisien, sapiosexuel, bobo du XIè, demi-pansexuel, geek, otter, et j'en oublie. Retour théorisé par Terra Nova pour que le PS récupère les votes non plus de ses électeurs, mais de clientèles, qui pour la loi Taubira, qui pour la participation aux dîners du CRIF, qui pour le financement d'une mosquée.
Le retour des idéologies. Pourquoi des femmes "libres" se voilent-elles, et ce faisant, je dois bien le constater, se reconnaissent comme inférieures aux hommes ?
Est-ce un acte de soumission ? Un acte de révolte ?
Est-ce qu'elles se considèrent comme libres dans la société libérale actuelle, dans laquelle on met en concurrence les pauvres avec les plus pauvres, dans laquelle la richesse permet de s'affranchir de toutes les règles, qui met en scène une méritocratie factive ?
Est-ce que les seules libertés qui comptent sont les libertés formelles au détriment des libertés réelles ?
Tiens, ce serait une bonne question pour Laurent Bouvet, ça.

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