J’ai la haine.
J’ai la haine à cause de ces attentats de plus en plus fréquents et de plus en plus meurtriers.
J’ai la haine à cause des homophobes et plus généralement à cause de ceux qui prennent du plaisir à attaquer et détruire les autres au lieu de s’occuper d’eux-mêmes.
à chaque fois, et malheureusement cela est devenu tellement routinier que l’on se surprend à utiliser l’expression “à chaque fois”, c’est le même défilé de réactions indécentes sur les réseaux sociaux, ces agoras de l’époque contemporaine.
Il y a tout d’abord ceux qui casent leur récupération politique sur des cadavres encore chauds, quitte à se planter complètement, tels que ces personnes qui ressortent le “privilège blanc” à toutes les sauces (un concept tellement galvaudé qu’il a perdu toute espèce de pertinence à décrire la réalité).
Il y a ensuite l’extrême-droite xénophobe qui prétend avoir de la peine pour ceux qu’elle qualifiait peu de temps avant d’”abomination”.
(Voici un petit extrait du blog de Rioufol du 29 mai 2013, pour mémoire)
On peut néanmoins compter sur les militants de base pour vendre la mèche de la tentative de “dédiabolisation”.
Il y a ensuite les salafistes “quiétistes”, ceux qu’on nous vend comme le meilleur rempart contre le djihadisme, qui se réjouissent ouvertement du massacre.
Il y a enfin, et même de manière hégémonique dans les rangs de la gauche, les “rienavoiristes”, ceux qui prétendent que rien ne permet de relier islam et attentats.
Les arguments sont divers et pas toujours cohérents les uns avec les autres. On a tout d’abord le déni : sans aller jusqu’au complotisme, on essaie de semer le doute dans les esprits. Malgré la revendication de l’Etat Islamique (EI), certains persistent à prétendre que ce dernier n’y est pour rien.
Il y a ceux qui s’approprient le slogan frontiste “les nôtres avant les autres” et qui relativisent le massacre en parlant des morts syriens et palestiniens (le même argument est utilisé à la fois par la gauche “décoloniale”, par les salafistes et par l’extrême-droite dieudonniste ; ainsi la penseuse décoloniale Sihame Assbague se voit-elle reprise par la dieudonniste “L’Informatrice”).
Autre argument totalement bidon, mettre en relation le fait que le tueur soit d’origine afghane et le fait que les Etats-Unis aient bombardé l’Afghanistan en 2001. Argument qui se trouve être contradictoire avec celui qui prétend que le problème est purement américain puisque le tueur est né aux Etats-Unis...mais comme je l’ai déjà précisé, l’utilisation de plusieurs arguments contradictoires ne posent aucun problème aux rienavoiristes.
Le rienavoirisme constitue un sous-produit de la culture de masse américaine, celle des campus californiens où les élèves radical-chic mènent des campagnes maccarthystes contre des professeurs accusés de les avoir “offensés”, celle des journaux de “gauche” qui ont traîné dans la boue le périodique “The Atlantic” parce que ce dernier avait osé publier un papier dans lequel était soutenu que les djihadistes agissaient en fonction de leurs croyances et non parce qu’ils étaient “en quête de sensations fortes” et cherchaient des “aventures” (je cite de mémoire le papier : “the radical idea that people act according to their beliefs”).
La plupart des rienavoiristes que je lis sur Twitter semblent avoir une connaissance tout à fait sommaire de la religion. Ils défendent des textes qu’ils n’ont jamais lus parce que leur collègue/voisin/boulanger musulman est sympa (nonostant le fait que leur collègue n’a peut-être pas non plus lu le Coran). Ils citent le fameux verset 32 de la sourate 5 du Coran (“quiconque tuerait une personne non coupable d'un meurtre ou d'une corruption sur la terre, c'est comme s'il avait tué tous les hommes”) sans avoir le moindre début de conscience qu’il s’applique aux Juifs dans un contexte historique bien particulier. Ils n’ont aucune idée de la notion de vie après la mort. Ils s’imaginent que les croyants chérissent leur vie sur Terre alors que ces derniers ne pensent qu’au Royaume de Dieu. Ils arrivent très bien à qualifier un chrétien qui s’attaque à un centre d’IVG de “terroriste chrétien” mais ne peuvent se résoudre à parler de terrorisme islamique. Ils accusent l’”homophobie” du massacre de la boîte de nuit d’Orlando.
Cette homophobie meurtrière ne vient pourtant pas de nulle part. Elle est en très grande partie d’origine religieuse, ce qui se voit par les chrétiens qui veulent refuser de servir des couples gays, ceux qui ont combattu les propositions pour l’égalité des droits entre gays et hétéros, et ceux qui se réjouissent de l’attentat.
J’ai la conviction, tout du moins l’espoir, que les religions vont se réformer et abandonner leurs vieux dogmes homophobes. Mais je ne vais pas attendre que l’on daigne accepter mon existence pour vivre.
Je dirai à tous ceux que mon existence dérange, à tous ceux qui cherchent des excusent aux meurtriers : je n’irai pas coller des coeurs sur vos portes, je n’irai pas vous faire des baisers, je n’irai pas expliquer à Yann Barthés que “vous n’aurez pas ma haine”. “Le monde est plein de vertus chrétiennes devenues folles”... Vous aurez ma haine, et surtout vous aurez ma volonté de vous empêcher de me nuire. Je ne suis pas un munichois. Je ne crois pas au pardon, je ne crois pas à la vertu de tendre la joue gauche quand on se fait frapper. Je crois aux rapports de force. Je n’ai pas envie, quelle horreur, d’être aimé par Christine Boutin et Al-Baghdadi.
J’ai envie que ces derniers soient forcés de fermer leurs gueules.